Daria décrypte l’IA

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Mike OSS : un avocat a construit en 2 semaines ce que des startups vendent des millions

Et comment déployer Mike OSS chez vous

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Daria Viktorova
mai 12, 2026
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Je suis tombée sur ce post dans mon fil LinkedIn la semaine dernière.

Will Chen, ex-avocat chez Latham & Watkins : “Harvey est valorisé à 11 milliards de dollars. Legora vient de lever à 5,5 milliards. J’ai reconstruit leur application web entière en deux semaines et je la mets en open source, gratuitement.”

Extrait du post de Will Chen

Un peu de contexte si vous n’êtes pas juriste.

Harvey et Legora, ce sont les deux références mondiales du moment en IA juridique. Des outils qui permettent d’analyser des contrats, comparer des documents, rédiger des actes avec l’IA.

Ils sont utilisés par les grands cabinets d’avocats et les directions juridiques des multinationales. La promesse : gagner des heures sur des tâches répétitives.

Les tarifs ne sont pas publics. Harvey et Legora vendent uniquement sur devis, après un cycle de vente qui peut durer quelques mois. Mais les estimations concordent : Harvey est estimé à environ 1 200 dollars par avocat et par mois, avec un minimum de 20 sièges, soit un point d'entrée annuel d'environ 288 000 dollars. Legora démarre à 3 000 dollars par utilisateur par an, avec un minimum de 10 sièges et un contrat annuel minimum de 30 000 dollars.

Autant dire que pour un petit cabinet ou un juriste d’une PME, c’est inaccessible.

Et c’est là que Will Chen arrive.

Ma première réaction à son post : pas convaincue. On voit beaucoup de posts LinkedIn “j’ai refait X en 48h”. Ça finit souvent en démo bancale.

Ma deuxième réaction : je clique quand même.

Ma troisième réaction : il faut que je teste ça et que je partage avec vous.

Mike OSS soulève une question qui dépasse largement le droit.

On se dirige vers un monde où les logiciels professionnels les plus chers ont des alternatives gratuites et open source.

Ça s’est passé pour l’ERP avec des outils comme Odoo face à SAP, pour la gestion de projet avec Plane face à Jira.

Selon une enquête McKinsey menée auprès de plus de 700 responsables technologiques dans 41 pays, 76% des organisations prévoient d'augmenter leur usage de l'IA open source dans les prochaines années.

Mike OSS, c’est peut-être le signal que ce mouvement atteint maintenant les métiers du droit.

Deux questions me trottent en tête depuis plusieurs mois et je vous en parle honnêtement dans cette édition.

  • La première : est-ce qu’un bon juriste qui maîtrise Claude ou ChatGPT avec un contexte bien structuré, avec son expertise ajoutée à l’utilisation de l’IA, avec les connecteurs vers les sources officielles, a-t-il vraiment besoin de payer un outil d’IA juridique spécialisé ? Ou est-ce qu’on paie surtout pour l’interface, le marketing et la simplicité ?

  • La deuxième que Mathieu Bouillon pose très bien dans sa dernière newsletter : quelle place reste-t-il pour les LegalTech IA quand elles se font attaquer par le haut par Claude qui signe des partenariats directs avec les grands cabinets, et par le bas par l’open source et le vibe coding qui font s’effondrer les coûts de développement ? Ce qui coûtait 500 000 € à développer il y a 2 ans se fait aujourd’hui pour 25 000 €.

Je n’ai pas toutes les réponses. Mais j’ai testé Mike. Et je vous documente tout.

Mike OSS, c’est quoi ?

Mike est un assistant IA juridique open source, vous vous pouvez utiliser directement en ligne ou héberger vous-même sur votre propre infrastructure.

Le nom vient de Mike Ross, le personnage de la série Suits. OSS pour Open Source Software. Will Chen a un sens de l’humour.

Suits Mike GIF - Suits Mike Ross - Discover & Share GIFs

Fonctionnellement, Mike fait ce que font Harvey et Legora :

  • un assistant qui rédige, révise et analyse vos documents,

  • un espace de stockage pour déposer vos fichiers et les partager avec vos collègues,

  • une analyse comparative en masse pour traiter plusieurs documents en même temps,

  • des modèles de tâches préconfigurés.

Deux fonctionnalités supplémentaires propres à Mike : du versioning automatique des documents à chaque modification de l’IA et une interface style IDE pour travailler avec l’assistant en gardant vos fichiers visibles.

La différence clé avec Harvey et Legora : Mike ne fournit pas le modèle IA. Vous apportez votre propre clé API Claude, ChatGPT ou Gemini.

Vous payez l’usage directement auprès d’Anthropic, OpenAI ou Google. Zéro abonnement plateforme par-dessus.

Pourquoi des juristes du monde entier l’adaptent à leur droit local

Ce qui s’est passé depuis le lancement mérite qu’on s’y arrête.

Mike a été forké dans au moins 10 pays en une semaine par des juristes praticiens (forké : quelqu'un prend le code source, le copie et le modifie pour ses propres besoins, c'est le principe de l'open source).

Jeroen Zirkzee, Legal Counsel aux Pays-Bas, a créé MikeNL en deux jours. Branché directement sur la base de jurisprudence néerlandaise et sur les articles du Code civil néerlandais.

François Hagege, juriste français, prépare Donna (oui, aussi un personnage de Suits). Version connectée à Judilibre, Légifrance et Pappers.

Veronica Lopez, legal engineer en Suisse, a créé Emilie, du nom d’Emilie Kempin-Spyri, première femme docteure en droit d’Europe à Zurich en 1887, à qui la Cour fédérale avait refusé le barreau au motif que les femmes n’étaient pas des “citoyens suisses” au sens de la Constitution. Emilie tourne sur un LLM suisse open source. Aucune donnée ne quitte la Suisse.

Kyungho Park, Senior Counsel chez Hyundai en Corée, a branché Mike sur le centre national d’information juridique coréen.

Et notre ami Raphaël d’Assignies teste en ce moment Mike sur Azure, un fork qui tourne entièrement sur infrastructure Microsoft. Un vrai avantage pour les directions juridiques dont le DSI ne signe que des papiers Azure. Je vous en dirai plus dans une prochaine édition avec ses retours complets.

En une semaine, une communauté de juristes-développeurs est en train de construire ce que les LegalTech ont mis des années à vendre.

Mais avant de se demander si Mike vaut le coup, il y en a une autre question. Celle que tout le monde pose dès qu'on parle d'un outil IA gratuit qui touche à des documents juridiques.

Confidentialité et sécurité : ce qu’il faut savoir avant de l’utiliser

Dans les commentaires sous les posts de Will Chen, la même question revient sans arrêt : mes données, elles vont où ?

La réponse : ça dépend de ce que vous choisissez.

Version en ligne (mikeoss.com) : vos documents passent par l’infrastructure de Will Chen. C’est une démo publique, elle est faite pour tester et pas pour des documents confidentiels.

Version déployée vous-même : vos documents restent sur votre infrastructure. Le code est open source, auditable ligne par ligne.

Dans les deux cas : le modèle IA (Claude, ChatGPT ou Gemini) reçoit le contenu de vos documents pour générer les réponses. C’est inhérent au fonctionnement. Même question qu’avec n’importe quel outil IA : avez-vous vérifié les conditions d’utilisation de l’API pour votre contexte professionnel ?

Pour Anthropic : les données envoyées via l’API ne sont pas utilisées pour entraîner les modèles, sauf accord explicite. Pour Google Gemini : les conditions varient selon le type de compte, à vérifier selon votre situation.

Bon, maintenant qu’on a réglé la question de confiance, passons à ce qui vous intéresse vraiment : est-ce que ça marche ?

J’ai testé Mike. Je ne suis pas du tout tech. J’ai demandé à Claude de me guider étape par étape. Et je vous documente tout, y compris ce qui a coincé.

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