Peut-on faire confiance aux skills IA qu'on télécharge ?
Prompt injection, skills malveillants, marché des SKILL.md : le guide complet pour ne pas se faire avoir.
Bonjour à toutes et à tous !
On est plus de 9 000 abonnés, merci pour votre confiance.
Si ce n’est pas déjà fait, vous pouvez aussi :
Rejoindre ma communauté Premium en passant à l’abonnement payant.
Gagner en visibilité en sponsorisant cette newsletter.
Découvrir mes formations IA.
Lors de mon dernier webinaire sur Claude, une participante a posé une question que j’aurais dû anticiper : « Comment on peut faire confiance à un skill qu’on télécharge ? »
Bonne question et elle arrive au bon moment.
Les skills sont devenus un marché.
Sur LinkedIn, dans des newsletters, sur des boutiques en ligne. Gratuitement, en échange d’un email ou réservés aux abonnés payants. Des créateurs les partagent, d’autres les vendent. Moi-même, je partage mon skill anti-tics-IA avec mes abonnés Premium.
Mais ce marché a ses angles morts. Et la question de cette participante pointait exactement là-dessus.
Aujourd’hui je vous en parle avec des exemples réels : les risques de sécurité qu’on sous-estime et la méthode pour qu’un skill récupéré vous ressemble.
Une question d’abord, qui revient souvent en formation : qu’est-ce qu’une legaltech apporte que l’IA généraliste ne fait pas ?
Mise en lumière
La legaltech française Haiku vient de sortir sa nouvelle version Atlas.
L’agent conversationnel devient une plateforme capable de prendre en charge des missions juridiques de bout en bout, sur infrastructure S3NS qualifiée SecNumCloud, hébergée en France selon les standards de l’ANSSI.
Ce qui m’intéresse le plus : la différence entre connecter une IA généraliste à une base juridique via un MCP et un système où la donnée a été retraitée en amont par des juristes. J’utilise moi-même OpenLegi pour connecter Claude à Légifrance. Un MCP va chercher l’information dans une base externe, mais la plupart posent juste une couche sémantique sur une API, sans retraiter la donnée.
L’approche d’Haiku va plus loin. Chaque décision de justice est découpée en ses parties distinctes (faits, procédure, moyens, motifs, dispositif), le système cible la partie pertinente selon la question. Haiku indexe aussi toutes les versions successives des textes, pas seulement celle en vigueur. De quoi repérer un revirement plutôt qu’une photographie à un instant T.
Et puisqu’on parle de skills dans cette édition : Haiku intègre un système de compétences réutilisables. Chaque juriste, chaque cabinet, chaque direction juridique peut créer les siennes, les enrichir au fil du temps et les partager avec toute son organisation. Vos meilleures pratiques deviennent des ressources communes, accessibles à tous les collaborateurs. Haiku se cale sur vos processus internes, vos standards de qualité, vos playbooks et vos méthodes de travail.
On retrouve ainsi la puissance d’un outil généraliste dans une plateforme pensée pour le droit.
Si vous voulez tester : 14 jours gratuits sur haiku.fr/atlas sans engagement. Et pour les nouveaux abonnés, le code DARIA10 ajoute 10 % de réduction sur les 12 premiers mois.
Cette mise en lumière s’inscrit dans le cadre d’une collaboration commerciale. Pour sponsoriser une prochaine édition, toutes les infos sont ici.
Revenons maintenant au marché des skills.
Les templates Word, les prompts, les skills…
On s’échangeait des modèles de contrats, des clauses, des courriers types. Gratuits entre confrères, vendus par des éditeurs spécialisés.
Puis entre 2023 et 2025, les prompts ont pris cette place. Des marketplaces entières ont émergé pour en vendre. Par exemple, PromptBase recense aujourd’hui 270 000 prompts et 440 000 utilisateurs, avec des prix entre 1,99 et 9,99 dollars.
Il y a quelques jours, j'animais une formation IA pour une direction juridique à Clermont-Ferrand. Avant de reprendre le train, j'ai fait un tour dans la librairie de la gare. Rayon informatique : que des magazines sur l'IA. Et au premier plan, un journal avec « 100 prompts avancés » en couverture…
Les kiosques vendent encore des prompts, mais sur LinkedIn et Substack les skills ont déjà pris le relais.
Mêmes logiques, même économie, nouveaux risques.
Le 18 décembre 2025, Anthropic a officialisé le format SKILL.md comme standard ouvert. GitHub Copilot, OpenAI Codex, Cursor, Gemini CLI, VS Code et une quarantaine d’autres outils l’ont adopté. Ce que vous construisez pour Claude devrait donc fonctionner sur d’autres plateformes.
La distribution dominante reste gratuite. Mais les marketplaces émergent. Agensi propose 250 skills entre 5 et 25 dollars l’unité. ClawHub, le registre de l’agent open source OpenClaw, en recense plusieurs milliers, sans modération ni vérification préalable. On y reviendra, parce que ce détail a son importance.
Et comme pour les prompts, newsletters et créateurs utilisent les skills comme produit d’appel pour leurs offres payantes.
Bref, les skills circulent. Et c’est là que ça se complique.
Le risque que personne ne vous explique
La question de ma participante était juste.
Un skill téléchargé, c’est du code que vous n’avez pas écrit, dans un outil qui va l’exécuter pour vous, parfois avec accès à vos fichiers, vos emails et vos bases de données.
Le risque s’appelle prompt injection. On en a déjà parlé dans cette édition. Avec les skills, il prend une forme que peu de gens anticipent.
Un skill malveillant n'a pas besoin de ressembler à du code malveillant. Trois lignes en langage naturel dans un fichier SKILL.md suffisent pour ordonner à votre agent de lire vos fichiers ouverts, d'extraire vos échanges récents et d'envoyer le tout à un serveur externe, sans que vous voyiez quoi que ce soit.
Ce n’est pas de la théorie.
En février 2026, le chercheur Oren Yomtov a audité les 2 857 skills du registre ClawHub. Résultat : 341 skills malveillants, dont 335 issus d’une même campagne.
La technique était simple. La documentation du skill demandait à l'utilisateur d'installer un composant supplémentaire avant de commencer. Ce composant était en réalité un logiciel espion, conçu pour voler les mots de passe enregistrés dans le navigateur, les sessions ouvertes et les données de connexion. Il se vendait 500 à 1 000 dollars par mois sur Telegram.
Une étude publiée sur arXiv a analysé 31 132 skills collectés dans la nature.
26,1 % contenaient au moins une vulnérabilité ;
13,3 % permettaient une exfiltration de données ;
5,2 % étaient à forte présomption malveillante.
Snyk a de son côté identifié des injections dans 36 % des skills analysés, avec 1 467 charges malveillantes documentées.
Ces chiffres font peur. Mais ils concernent des registres généralistes, ouverts à tous, sans modération.
Ce que vous pouvez faire
Voici ma liste, construite à partir des recommandations de Snyk, Repello AI, du Cloud Security Alliance et mon propre expérience.
1. Passez par des plateformes qui font le travail de vérification à votre place
Toutes les marketplaces de skills ne se valent pas.
Par exemple, Lawve AI, plateforme dédiée aux skills juridiques, soumet chaque skill déposé par les avocats et les juristes à un audit de sécurité développé en interne. Le rapport est lu en détail et en cas de doute le skill est refusé jusqu’à clarification. L’identité de l’auteur est vérifiée manuellement, parfois jusqu’à un appel vidéo.
Antoine Louis, co-fondateur de Lawve, me l'a confirmé hier. C'est une v1, il le dit lui-même, mais c'est déjà une autre approche qu'un registre ouvert sans contrôle.
2. Vérifiez le skill avant de l’installer
Lawve a publié un Skill Security Auditor en accès libre, conçu pour ça.
Le principe : vous téléchargez le zip du skill que vous souhaitez tester, vous soumettez le fichier à cet outil dans Claude et il vous sort un verdict avant toute installation. Il analyse 10 catégories de risques : prompt injection, appels réseau suspects, collecte d’identifiants, obfuscation de code. Résultat : PASS, WARN ou FAIL.
Si vous préférez faire la vérification vous-même, lisez chaque ligne du SKILL.md. C’est le fichier qui contient toutes les instructions.
Cherchez les appels vers des sites externes, les instructions sans rapport avec la fonction annoncée, les conditions cachées. Si une ligne vous semble bizarre, n’installez pas.
Vérifiez aussi tous les fichiers du dossier : un skill de reformulation de contrats n’a aucune raison de contenir des fichiers supplémentaires non expliqués.
3. Vérifiez qui est derrière le skill
Vous les voyez tous les jours sur LinkedIn : des “experts IA” qui publient “Commente SKILL et je t’envoie mon skill magique”, “Tape CLAUDE pour recevoir mon skill qui remplace un avocat”. C’est exactement le profil à éviter quand vous cherchez un skill à télécharger.
Vérifiez que le créateur a une présence réelle, des publications sur la durée, des retours communautaires identifiables. Un skill sérieux vient de quelqu’un qui explique ce qu’il fait, pas de quelqu’un qui collectionne des commentaires. La notoriété n’est pas une garantie absolue, mais c’est un filtre sérieux.
4. Testez d’abord sans vos vraies données
Avant de brancher un skill inconnu sur vos dossiers, vos emails ou vos bases de données, testez-le sur des contenus neutres.
5. En entreprise, posez un cadre avant de diffuser
Un skill partagé à toute une équipe sans validation préalable, c’est un risque multiplié par le nombre d’utilisateurs. Une validation IT, une liste de sources autorisées, un processus de test : ces garde-fous prennent une heure à mettre en place.
Bon, la sécurité, c'est le risque visible, mais il y a un deuxième angle mort, moins grave et bien plus fréquent. Et celui-là, je l'ai vécu moi-même.
Un skill récupéré, c’est un point de départ
Benjamin, un de mes abonnés Premium, m’a envoyé ce message après avoir récupéré mon skill anti-tics-IA :
« Elle est top ta newsletter. Ta skill anti-tics-IA est très bien. Certains éléments m’ont permis de retravailler la mienne no-ai, qui est devenue ai-slop... »
C’est exactement ça. Un bon skill existant vous donne des idées, vous aide à améliorer le vôtre. Mais si vous l’appliquez sans l’adapter, vous obtenez quelque chose qui ressemble à du générique.
J’en sais quelque chose. Les premiers skills que j’ai testés venaient d’autres créateurs. Je les installais, je lançais, j’obtenais quelque chose de correct, mais pas de moi. Le style était différent, les priorités aussi. Normal : ces instructions avaient été écrites par quelqu’un d’autre, dans un autre contexte, avec d’autres contraintes.
Alors j'ai changé de méthode. Voici ce que je fais maintenant avec chaque skill que je récupère, avant de le brancher sur quoi que ce soit.
Je lis le skill en entier
Je veux comprendre ce que son auteur a voulu, où il a mis ses garde-fous, ce qu’il a décidé d’interdire ou d’exiger.
Je le confronte à mon réel
Mes habitudes, mon style, mon vocabulaire, mes contraintes. Tout ce qui ne colle pas à ma façon de travailler, je le note.
Je le réécris
Je vire ce qui n’est pas moi, je réinjecte mes règles, mes exemples, mes formulations. À la fin, c’est mon skill.
Je le teste sur un vrai cas
Je corrige jusqu’à ce que le résultat sorte comme si je l’avais écrit à la main.
Ça prend plus de temps que de cliquer « installer ». C’est aussi la différence entre un outil qui vous ressemble et un gadget.
Vous voulez créer vos propres skills ? J'ai consacré une édition complète au sujet, avec un guide pas à pas. Elle est accessible ici.
Ce que le marché des skills va produire
On est au début d’un cycle qu’on a déjà vu avec les prompts.
Aujourd’hui le métier de « prompt engineer » a largement disparu des offres d’emploi. Les modèles ont évolué, les prompts génériques ne tiennent plus.
Les skills vont suivre un chemin similaire, mais avec deux différences importantes :
La première : la portabilité entre plateformes change l’équation. Un skill bien conçu aujourd’hui restera utile quand vous changerez d’outil.
La deuxième : un skill mal conçu peut être directement nuisible, pas seulement décevant. C’est une distinction que les acheteurs de prompts n’avaient pas à faire.
Certains skills valent le coup, d'autres non. Vous avez maintenant les réflexes pour faire la différence.
Elisabeth, ma participante de webinaire, avait posé la bonne question. J'espère que cette édition y répond.
Si vous avez des questions sur les skills ou la sécurité des agents, posez-les en commentaire. Je lis tout.
Daria décrypte l’IA part en vacances
Enfin, façon de parler.
Cet été je travaille sur mon livre sur l’IA. Ce qui veut dire que je vais passer mes vacances à écrire, mais sur un autre format. Je publierai quelques notes sur Substack si l’inspiration est là. Pour les éditions complètes, rendez-vous fin juillet.
Et pour mes abonnés Premium : vous aurez quelques nouvelles du livre en avant-première.
D'ici là, si la rentrée se prépare déjà dans votre tête : je lance deux cohortes du Parcours IA en septembre, une pour les avocats, une pour les juristes d'entreprise. Les inscriptions sont ouvertes.
Et si cette newsletter vous est utile :
Cliquez sur le ❤.
Parlez-en autour de vous.
A très vite,
Daria





J'ai abordé ce sujet dans ma veille de la semaine dernière, NVIDIA a sorti un outil permettant de scanner les skills pour être sur de pouvoir les utiliser en toute sécurité ! https://codecodecoders.substack.com/p/ma-skill-gratuite-pour-ne-plus-jamais?r=6m40z0
Merci Daria pour cette édition très intéressante ! Hâte d’acheter ton livre